Locus Solus, c'est le nom de la vaste propriété de Montmorency où Martial
Canterel, savant génial et fou, dévoile à quelques visiteurs ses inventions
étonnantes : une mosaïque de dents représentant un reître inspiré d'une légende
scandinave ; une cage en verre renfermant des cadavres ramenés à la vie grâce à
une injection de "résurrectine" ; un diamant géant rempli d'une eau éblouissante
et habité par une danseuse-ondine ; un dispositif animant les nerfs faciaux de
la tête de Danton... Au gré de cette exposition drôle et dérangeante, la mort et
la folie envahissent le livre : de dépeçages en danses macabres, le parc de
Canterel se fait peu à peu jardin des supplices. Dans ce roman paru en 1914 et
qui fut son dernier, Roussel, conteur hors pair, atteint l'apogée de son art :
l'univers fantasmagorique dans lequel il nous entraîne, sous sa gratuité
apparente, laisse entrevoir le reflet inquiétant de la réalité. Selon Robert
Desnos, l'un des premiers à avoir saisi la singularité de ce texte : "Aucune
oeuvre n'a de dimensions plus grandes, de panorama plus vaste sur l'univers."