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La forte émotion qui l'étreint dès son arrivée sur l'île de Sein, cette « petite
terre têtue », plonge l'autrice-narratrice dans une forme d'état de grâce où
l'acuité des sensations appelle réminiscences et émotions enfouies. Dans la
prose libre, voyageuse et rêveuse devenue sa manière, elle s'abandonne au vent
incessant, le vent qui disperse « les miasmes de ce monde boiteux et tout ce
qu'il entraîne dans sa fuite en avant. » Flanquée d'un petit chien noir et blanc
court sur pattes rencontré au bar du village, elle reste « des heures à
contempler cet immense ailleurs barré par l'horizon ». Fascinée par la carte
répertoriant les naufrages, découverte dans le musée local, elle se laisse peu à
peu envahir par l'écho de ses propres tempêtes, intimes ou politiques. Si le
naufrage des utopies a succédé aux belles espérances qui les ont portées, si le
monde part à vau-l'eau, la puissance du paysage l'emporte, conduisant la
promeneuse à un heureux vagabondage dans ses souvenirs de lecture : les mots
d'Anita Conti, embarquée en 1939 sur un morutier, ceux de Catherine Poulain et
son « grand marin » l'accompagnent, d'autres images surgissent au gré des
hasards et des associations d'idées. Michèle Lesbre nous offre avec ce court
texte une balade d'une grande douceur, tant le sentiment d'apaisement que lui a
donné son séjour dans l'île irradie son écriture. De retour à Paris,elle
décidera de ne jamais revenir dans ce lieu qui, d'une certaine manière, a
bouleversé sa vie, préférant le revisiter en rêve et ouvrir la possibilité
d'autres voyages immobiles.
Naufrage(s)
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