La Sibérie du Nord-Ouest, fin des années 80. L'espace de trois jours, Démiane,
le chasseur khanty, entreprend le voyage qui le mène de son territoire clanique
de la taïga jusqu'au village où ses enfants sont en internat. Héritier d'un
imaginaire de la forêt où les hommes tirent sur les joues du vent pour apaiser
son souffle, où les morts emportent un soleil et une lune dans leur tombe, où
l'Ours enfin est un parent tombé du ciel, Démiane voit dans la vie un traîneau
délicat à conduire. L'ouvrage donne une vision holistique du monde où tout est
lié et les rennes qui font partie de l'univers des Kanthys de l'Est et du Nord
sont avec le chasseur traditionnel les principaux personnages du roman. Mais
au-delà de l'apparent huis clos avec la taïga, l'homme qui deviendra à sa mort
l'Étoile de l'Aube voyage dans le temps et dans les vies : Efim, le vétéran, qui
rêve encore du tank allemand qu'il a affronté à mains nues en 1944, Korneev qui
parle de la Révolution aux enfants khantys avec l'art des héritiers de la
tradition orale, le face-à-face du chaman Sèm-iki et du redoutable oeil
Sanguinaire, " le siècle d'or de l'alcool ". Au détour de la route et des mots
apparaît l'histoire d'une terre longtemps interdite et d'une poignée d'hommes
semi-nomades heurtés de plein fouet par la civilisation. Jusqu'au jour où... le
voyage s'interrompt pour Démiane et le lecteur. Le roman inspiré par la vie du
père de l'écrivain mêle les légendes, les souvenirs et le souffle de l'épopée
khanty. Salué en Russie comme " la saga du peuple khanty ", " un cri à l'aide ",
L'Étoile de l'Aube restitue un regard singulier sur l'histoire soviétique, la
parole longtemps confisquée des peuples du Nord, mais signe aussi une page peu
connue de la littérature mondiale.