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« La littérature est un long message adressé à nos
défunts que nous embaumons dans une sépulture de mots
»…Douze ans après son best-seller Un bon fils centré
sur la figure du père violent, l’auteur nous en offre le pendant
féminin : « les fils ratent leur mère. Et plus encore les
fils uniques. »Une mère épileptique soumise à son
tyran de mari et envahissante pour son fils, un couple toxique, une
atmosphère de haine et de coups dans laquelle baigne jusqu’à
l’adolescence un fils « dérouillé et choyé en
même temps, pris en étau entre une brute vociférante et une
névrosée plaintive » : telle est l’équation de
départ, décrite sans pathos. S’opposant violemment
à son père, le garçon se noie dans les lamentations de sa
mère : « on ne réfute pas un gémissement »
!Cette figure de la mère détermine toute la vie sentimentale du
fils: avec chaque femme croisée plus tard, il reproduit malgré lui
le schéma parental. Tyran et enfant, ou enfant tyrannique, refusant le
« pacte de faiblesse » que sa mère, amoureuse de sa
servitude, voulait renouer avec son fils.Lorsqu’il parvient à fuir
ses parents et à gagner Paris, l’auteur fait mille métiers
pour gagner sa vie : hôte pour des salons, chauffeur de maître,
serveur, vendangeur, répétiteur de français et de
philosophie, pianiste de bar, gigolo, candidat recalé à des
peep-show… jusqu’à ce que l’université lui
ouvre les portes d’un nouveau monde (magnifiques portraits de
Jankélévitch, Roland Barthes, Gilles Deleuze, Lacan…).Cette
mère « ratée », le fils tente de la comprendre
à travers les livres qu’elle lisait, les expressions qu’elle
utilisait, la vengeance tardive qu’elle a pu prendre sur son bourreau de
mari, sa fin de vie misérable… mais aussi à travers la
longue enquête qu’il mène pour savoir s’il est vrai,
comme le lui a confié son père avant de mourir 13 ans après
sa femme, qu’il l’avait « rencontrée en 1942 à
Berlin ». Aurait-elle vraiment été volontaire pour partir,
en pleine guerre, travailler aux usines Siemens pour le compte de
l’Occupant ? Cette « mère inconnue » aurait-elle
caché un tel secret à son fils jusqu’à son dernier
souffle ? La réponse se trouve dans le livre : « on est toujours
surpris d’apprendre ce que l’on pressentait »…
De mère inconnue
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